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Solitaires, les enfants de l'informatique?
Une étude affirme le contraire
Loin de souffrir de la solitude
sur le plan social, les jeunes qui passent
beaucoup de leur temps libre dans des forums
de discussions sur Internet se montrent
au contraire mieux intégrés
dans la société. La plupart
de ceux qui discutent ainsi sur le réseau
finissent tôt ou tard par se rencontrer
en personne. C'est ce qui ressort d'une
étude réalisée récemment
dans le cadre du programme prioritaire du
Fonds national suisse de la recherche scientifique,
«Demain la Suisse».
Ils ont en moyenne tout juste 24 ans;
ce sont presque tous des hommes (89%); 66%
d'entre eux sont célibataires et,
souvent, habitent encore chez leurs parents
(56%). La moitié d'entre eux a suivi
une formation secondaire ou universitaire,
et environ un tiers d'entre eux se rencontrent
dans les professions ou les formations en
rapport avec l'informatique. Ils passent
en moyenne 35 heures par semaine devant
un ordinateur, dont 18 (de 2 à 75)
sur Internet.
C'est ainsi qu'une étude sociologique
récente définit le portrait
type du fana d'Internet. Réalisée
entre 1997 et 1999, cette étude a
porté sur cinq forums de discussions,
parmi les mieux fréquentés
de Suisse: SWIX-chat, SFDRS-chat, MICS ainsi
que ch.talk et ch.comp. Les trois premiers
sont des services de discussions, où
plusieurs personnes peuvent échanger
simultanément des messages écrits
mais non enregistrés. Les deux derniers
font partie des newsgroups, qui fonctionnent
comme des panneaux d'affichage virtuels,
où peuvent être archivés
des messages asynchrones.
Une nouvelle manière de procéder
L'étude, un projet du programme prioritaire
du Fonds national suisse de la recherche
scientifique «Demain la Suisse»,
avait pour objectif de déterminer
si les contacts sur Internet menaient à
de nouvelles formes de communautés
sociales et dans quelle mesure les relations
virtuelles se différencient des relations
physiques. A la différence des précédentes
études réalisées sur
ce sujet, ce projet ne s'est pas concentré
sur des forums de discussions Internet préalablement
choisis. Au contraire, elle a cherché
les forums les plus actifs et a interrogé
dans chacun d'entre eux une bonne centaine
de leurs utilisateurs les plus réguliers
sur leurs réseaux de contacts. Cette
nouvelle manière de procéder
assure une base solide à cette étude
visant à déterminer l'influence
de la communication via Internet sur les
réseaux de relations sociales aussi
bien physiques que virtuelles.
Les travaux de recherche ont livré
quelques résultats surprenants. Ainsi,
ils contredisent nettement la thèse
très répandue voulant que
la communication par l'intermédiaire
d'un ordinateur entraîne une marginalisation
sociale. «Les personnes dont nous
avons examiné le comportement de
communication sont très bien intégrées
socialement», ont constaté
Bettina Heintz, Professeur à l'Institut
sociologique de l'Université de Mayence
et son associé Christoph Müller.
Chacune des personnes interrogées
évoluait dans un noyau social de
16 personnes en moyenne, avec lesquelles
elles ont régulièrement des
contacts, sur Internet et en dehors d'Internet.
Deux mondes de rencontres
«Les relations en ligne ne menacent
pas les relations personnelles, elles les
complètent». Ce constat n'était
jamais apparu aussi clairement. Pour les
personnes interrogées, seules 24%
des relations sont exclusivement virtuelles;
environ deux tiers des relations existent
aussi bien sur Internet que dans la vie
concrète et ont commencé pour
plus de la moitié sur le réseau.
Le fait qu'autant de relations soient à
la fois concrètes et virtuelles vient
peut-être de la situation géographique
particulière de la Suisse: il n'est
jamais bien difficile de se rencontrer dans
un petit pays, supposent les auteurs de
l'étude. Cette situation géographique
explique sans doute pourquoi une très
petite minorité des personnes interrogées
ont recours à une identité
virtuelle fictive. Le phénomène
du «gender switching» si bien
connu des autres études est à
peine mentionné ici.
Comparées avec les relations personnelles,
les relations Internet sont décrites
par les personnes interrogées - en
particulier dans les newsgroups - comme
moins fortes. Les participants à
l'étude qualifient de «proches»
seulement 11% de leurs relations Internet,
alors qu'elles définissent ainsi
la moitié de leurs connaissances
physiques. Les relations en ligne sont fréquemment
plus spécialisées, se limitant
à un seul thème, et avec une
plus large diversité d¹interlocuteurs.
Ainsi, loin d'appauvrir le tissu social,
les «chats» sur les forums de
discussions et les newsgroups conduisent
plutôt à un «élargissement
de l'environnement social», en rendant
possible les contacts, indépendamment
des espaces géographiques et sociaux.
Il est cependant très rare, selon
Bettina Heintz et Christoph Müller,
que de tels contacts donnent naissance à
des groupes virtuels stables. On a cependant
vu quelques fois, surtout dans les forums
de discussions, se constituer des clans
solides qui se rencontrent aussi bien en
ligne que hors ligne et développent
ainsi une «manière de jouer
propre à la jeunesse».
Cette étude est élargie
dans la dissertation de Christoph Müller
par une analyse de fond des processus de
communications déjà rassemblés
dans une collection de texte.
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