::
Des cybercouples heureux dans la vraie vie |
Des cybercouples heureux
dans la vraie vie
Résultats d'une étude
exclusive sur les relations intimes sur Internet
par Serge Boudreau
Les Québécois à la recherche
de l'âme sœur ne font pas exception
à la règle, ils se précipitent
en masse sur le Web, un monde où toutes
les fantaisies sont permises. Mais peut-on vraiment
y trouver l'amour de sa vie? Guylaine Bouchard,
doctorante en psychologie de l'Université
du Québec à Trois-Rivières
(UQTR), affirme que oui. En fait, 91 % des 292
internautes qui ont participé à
son étude, se disent satisfaits de leur
relation de couple initiée sur Internet.
Ils affirment écouler des jours heureux
au-delà de l'écran dans la vraie
vie.
On attendait avec impatience les résultats
de Guylaine Bouchard, étudiante membre
du Laboratoire de psychologie du couple à
l'UQTR. Elle prépare actuellement une publication
scientifique fort attendue. Son étude,
première du genre au Québec, vise
à mieux comprendre les relations intimes
assistées par ordinateur. Au moment d'entreprendre
ses travaux en septembre 2003, il n'existait pas
de portrait statistique sur cette question, que
ce soit au Québec, au Canada ou aux États-Unis.
L'absence de proximité physique réelle
semble propice à augmenter le degré
de romantisme de la cyberrelation
Ses découvertes viennent bousculer bien
des préjugés fortement ancrés
dans la population, mais également dans
le monde scientifique. Ses conclusions préliminaires
viennent confirmer que le monde Internet a donné
naissance à un nouveau processus de formation
d'une relation de couple sur Internet. On y développe
ce que l'auteure appelle une cyberrelation, étape
où l'on crée des relations interpersonnelles
en utilisant le courriel, le clavardage et autres
outils de communication. Très rapidement,
les échanges peuvent devenir plus intimes.
À partir de ce moment, les tourtereaux
sont alors définis comme un cybercouple.
Cupidon frappe à la vitesse de
l'éclair
«J'ai pu observer que les cyberrelations
mènent rapidement à un haut niveau
de développement d'intimité. La
révélation de soi est beaucoup plus
rapide et plus importante que dans les relations
formées traditionnellement. Un total de
93 % des répondants affirment s'être
sentis très proches l'un de l'autre au
cours de leur cyberrelation. Le développement
d'un préjugé favorable envers l'autre
dès le départ dans les relations
en ligne est beaucoup plus important que dans
les relations traditionnelles», indique
la candidate au doctorat dont les travaux sont
dirigés par le professeur Yvan Lussier
du Département de psychologie de l'UQTR.
En fait, Cupidon frapperait à la vitesse
de l'éclair, car un cybercouple peut même
se former après seulement quelques heures
de contact derrière l'anonymat que procure
l'écran. L'absence de proximité
physique réelle semble propice à
augmenter le degré de romantisme de la
cyberrelation, ajoute-t-elle.
Des résultats qui bousculent
nos préjugés
Comment peut-on expliquer ce phénomène?
L'espace Internet est devenu en quelques années
le lieu de prédilection pour rencontrer
sa douce moitié. On assiste à un
développement exponentiel du nombre d'agences
de rencontres virtuelles et de sites de rencontres.
Une recherche rapide menée en 2004 indiquait
la présence de plus de 2 millions de sites,
contre seulement 4000 en 2001, mentionne l'étudiante
au doctorat qui est également psychologue.
Les répondants ont indiqué qu'Internet
était devenu leur espace de rencontre privilégié.
Contrairement aux croyances populaires, l'on n'y
retrouve pas uniquement les laissés pour
contre de notre monde voué au culte de
la beauté. Un total de 40 % a dit constater
que les gens qui se trouvent sur les réseaux
de rencontres sont très intéressants
ou intéressants et 37 % moyennement intéressants.
Étonnamment, malgré l'anonymat
de la machine, un sentiment de sécurité
se développerait rapidement lors de la
cyberrelation. «En moyenne, les couples
de l'étude n'ont eu besoin que de 10 séances
de clavardage avant d'initier une rencontre face
à face. On dénote un important sentiment
de sécurité lors de ce face à
face. Les gens ont l'impression de bien se connaître
à la suite de leurs contacts sur Internet,
où ils estiment avoir établi un
climat de confiance. Ils choisissent généralement
un endroit public pour briser la glace et se sentent
alors bien protégés. Il s'agit d'une
mesure de prudence élémentaire,
car on ne sait jamais… Il faut du temps
pour bien connaître et apprivoiser une personne»,
indique Guylaine Bouchard. Il y a tout de même
un bémol, car les résultats révèlent
que tous les participants affirment dire la vérité
à leur sujet sur Internet, mais ils confient
que tout le monde ment et qu'on leur a déjà
menti.
Dans l'étude, on apprend également
que la grande majorité des personnes qui
fréquentent les sites de rencontres souhaiteraient
une relation stable qui durera longtemps. En fait,
75 % des gens qui ont participé à
l'étude ont fait cette affirmation. La
présélection par catalogue offerte
dans les sites spécialisés, qui
reflète bien la rapidité et le prêt
à consommer caractérisant notre
société, contribuerait à
l'augmentation de la popularité de ce mode
de rencontre. Mais selon l'expérience clinique,
«les facteurs de réussite d'un couple
sont davantage reliés aux facteurs de personnalité,
comme la maturité, la connaissance de soi
et autres, plutôt qu'uniquement sur des
similitudes», précise Guylaine Bouchard.
Le cybersexe qui anime de plus en plus l'actualité
ne figurerait pas au programme de la drague Internet,
ce qui ajouterait aux intentions sérieuses
des internautes. En effet, 64 % des répondants
ont dit qu'ils ne le font jamais et 31 % seulement
de façon occasionnelle, contre 5 % d'initiés
qui reconnaissent s'y adonner de souvent à
très souvent.
Solidité de ce nouveau type d'union?
Finalement, on constate que 91 % des participants
à l'étude ont franchi avec succès
l'étape de la rencontre face à face
et coulent des jours heureux dans la vraie vie.
Combien de temps un tel couple pourra-t-il tenir
le coup? Est-ce que la rupture s'abattra aussi
rapidement que le développement de la relation
intime sur ordinateur? Guylaine Bouchard ne peut
répondre à cette question avec précision
pour le moment. Selon ses observations préliminaires,
le choc de la réalité du couple,
uni de façon traditionnelle, survient en
moyenne après deux ans de vie commune.
Tout indiquerait que la relation qui se matérialise
hors du monde fantaisiste du Web serait soumise
beaucoup plus rapidement à la dure réalité.
Toutefois, l'auteure précise que 59 % des
relations amoureuses initiées par Internet
duraient encore à la fin de la cueillette
initiale des données en novembre 2004,
soit près de 14 mois après le début
du processus.
Des questions à explorer
Guylaine Bouchard prépare actuellement
la seconde phase de sa recherche, qui permettra
peut-être de répondre à cette
question et à plusieurs autres qui ont
surgi au cours de cette première étude
du genre au Québec. Elle compte contribuer
à établir le profil des personnes
qui recourent à Internet pour trouver un
partenaire, étudier le processus de formation
de nouveaux couples et obtenir des données
longitudinales portant sur cette nouvelle génération
de couples.
|
|
|
|
::
Les études
|
|
|
::
Vos témoignages
|
|
|
|