19-02-2001 - Jean-François Parent
- InfiniT.com
Les occasions de contacts fourmillent sur
Internet. Est-ce une bonne ou une mauvaise
chose? InfiniT.com et TVA répondent
à la question.
D’heureuses relations se nouent sur
Internet. Les abonnés d’un site
de rencontre, discutant dans des «salons»
virtuels ou sur des forums, se retrouveront
ensuite dans un lieu réel pour échanger
autrement que derrière un écran
cathodique. Les internautes qui participent
à ces activités semblent y prendre
beaucoup de plaisir. Les communautés
virtuelles ont aussi la cote. Organisées
autour d’intérêts communs
–la bédé, les voitures,
la philatélie, etc.–, ces communautés
servent souvent de pôle d’attraction
pour les amateurs à la recherche d’une
personne avec qui partager leur passion. Rien
de bien sorcier. Mais de ne pas pouvoir s’en
passer deviendrait embêtant…
Au Québec, les 3 millions d’internautes
gravitant dans l’espace virtuel sont
autant de personnes qui peuvent se rencontrer.
Pour y arriver, ils sont des centaines de
milliers à se prévaloir des
services des agences de rencontre Internet.
Ces agences, qui sont parmi les seuls sites
Web qui rapportent financièrement,
sont une des portes d’accès à
l’univers virtuel pour les personnes
seules ou celles qui cherchent tout simplement
à socialiser. Et elles sont nombreuses
au Québec: près de 800 000,
selon Statistique Canada. Et le taux de divorce
gonfle la clientèle des sites de rencontre
: 1 mariage sur 2 finit par un divorce en
Amérique du Nord.
Cyberdépendance?
La dépendance est l’état
résultant de la consommation répétée
d’une substance. La caractéristique
de la dépendance est le développement
d’une personnalité obsessive-compulsive.
Quand cette dépendance se développe
par le biais d’Internet, il est convenu
de parler de «cyberdépendance».
Mais attention, le fait de passer plusieurs
heures à surfer n’implique pas
une cyberdépendance, nous prévient
John Suller, de l’Université
Ruder, au New Jersey. Tout d’abord,
la cyberdépendance en tant que telle
n’est pas reconnue comme une maladie
mentale. C’est plutôt un moyen
d’assouvir une (ou plusieurs) dépendance,
notamment affective, sexuelle ou physique
(le jeu), ajoute le Dr Jean-Marc Rochon, un
des pionniers du traitement de la cyberdépendance
au Québec. Mais que cette dépendance
soit réelle ou imaginée, c’est
l’expérience qu’on en retire
qui fait toute la différence. Une accoutumance
peut être bonne ou mauvaise. C’est
quand les effets négatifs sont plus
forts que les effets positifs que les choses
se gâtent. Psychothérapeute et
clinicien du cyberespace, le professeur Suller
relate que c’est quand elle atteint
un niveau pathologique (perte d’emploi,
faillite, divorce, etc.) que la cyberdépendance
devient critique.
Outre les rencontres possibles sur un site
de clavardage, ou chat, on peut aussi se créer
un personnage virtuel qui deviendra une deuxième
personnalité et qui, dans le pire des
cas, pourra se substituer entièrement
à la personne réelle. L’identité
d’un individu est composée de
plusieurs facettes et Internet est un des
rares endroits où elles peuvent toutes
s’exprimer. En termes de cyberdépendance,
plus nous sommes pris dans cette double vie,
plus la dépendance se manifeste.
Communiquer? Pas sûr…
L'impression de vivre une vraie communication
dans le cyberespace est en partie illusoire.
La communication non verbale et la possibilité
de réagir spontanément à
l'interlocuteur sont des dimensions importantes
lors d'une communication. De plus, le mensonge
et la fraude sont courants sur Internet. Par
exemple, le dangereux fugitif américain,
recherché par la police et arrêté
au Canada, avait rencontré la dame
qui le cachait sur Internet… sans que
celle-ci ne se doute de rien!
Des chercheurs du Carnegie Mellon Institute,
lors d’une étude impliquant 169
personnes reparties dans 73 familles, ont
découvert que l’utilisation d’Internet
affecte négativement les relations
interpersonnelles et la vie sociale. Plus
on utilise Internet, plus le déclin
de la communication interpersonnelle, le rétrécissement
du cercle social et l’accroissement
de la solitude et la dépression se
font sentir. Par ailleurs, il a été
découvert que si les personnes qui
s’initient à Internet ont déjà
une importante vie sociale, l’usage
du Web demeurera marginal dans leur vie. Finalement,
bien que les résultats de l’étude
laissent place à l’interprétation,
plus la présence d’une personne
est importante dans le cyberespace, plus un
fossé se crée entre l’internaute
et son cercle d’amis et plus son stress
augmente.
Une dépendance n’attend pas
l’autre
Internet permet d’assouvir plusieurs
dépendances. Par exemple, il y a des
«sexoliques», dépendants
du sexe, qui peuvent entretenir leur dépendance
à l’aide des centaines de milliers
de sites dédiés exclusivement
au sexe. Les joueurs compulsifs peuvent jouer
en ligne grâce à des casinos
virtuels. Et puis, le Dr Rochon rend compte
d’un nouveau phénomène
qu’il observe régulièrement
: le daytrading, le boursicotage sur Internet,
à partir duquel des individus perdent
des sommes considérables.
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