Février 2003 - Marion Meynier
Via les "chats", ça roucoule
d'un service à l'autre, d'une ville
à l'autre…Gare, le webmaster
veille!
Béatrice vient d’arriver au
bureau. Cette jolie brune de 29ans travaille
dans une société parisienne
d’une dizaine de salariés. Elle
allume son ordi: en bas, à gauche de
l’écran, une icône clignote.
Message: «Slt beauté. Bonne soirée?
»…«Pas assez dormi»…
«Très joli ce petit décolleté…
Sexy!! lol»… Entre Béatrice
et son correspondant, un simple écran
d’ordinateur les sépare. Ils
travaillent dans la même pièce.Ils
peuvent se toucher, se parler. Pourtant, dans
l’open-space, pas un mot. Mais sur mails
et «chats», les billets doux se
ramassent à la pelle. Et les souris
dansent. «Vrai que ça rend l’approche
plus discrète, confirme Laurent, webmaster
et usager des «chats» sur ses
heures de boulot. «Et que ça
évite, poursuit-il, les remarques genre
hé hé, on vous voit souvent
à la machine à café…»
Soft et véloces, ces outils font le
bonheur des timides et des tchatcheurs de
clavier. De presque tous ceux travaillant
avec un écran connecté. Valérie,
chef de service dans une administration des
Hauts-de-Seine, raconte: «J’ai
rencontré Thierry par l’intranet.
On venait juste de nous installer le réseau
et j’avais toujours des problèmes
de connection. Il travaillait au support informatique.
Je lui envoyais donc régulièrement
des messages pour lui demander des conseils.
Au début, j’adoptais un ton neutre.
Nous étions dans les mêmes locaux,
mais je ne l’avais jamais vu. Très
vite complices, on a commencé à
se tutoyer et à s’écrire
sans aucun rapport avec le boulot. Plusieurs
semaines d’affilée. Nos discussions
sont devenues de plus en plus chaudes…
Finalement, je lui ai demandé son numéro
de portable et nous avons fini par déjeuner.»
Rendez-vous pris. Monsieur était marié.
Valérie a préféré
en rester là. Au flirt. Un rapport
parfaitement protégé.
«Pas toujours», raconte Arnaud,
consultant en gestion. «J’effectuais
une mission dans une société.
J’avais sympathisé avec une des
employées. Comme je faisais une soirée
chez moi, je me suis dit que ça serait
sympa de l’y convier. En guise d’invitation,
je lui ai envoyé un mail. Sans équivoque.
» Quelques jours plus tard, Arnaud apprend
que la mission lui est retirée et qu’un
autre cabinet a été mandaté
à sa place. Etonné, il cherche
l’erreur: «La boîte m’accusait
d’avoir dragué une de leurs collaboratrices.
Il s’agissait du mail envoyé.
» Son concurrent direct avait fouillé
sa messagerie pour trouver une faille et prendre
la place. Déloyal, condamnable devant
un tribunal, mais efficace: Arnaud a perdu
son client et l’envie de «l’approche.net»
Méfiance justifiée: «Les
serveurs internes gardent la trace de toutes
les correspondances. Si quelqu’un cherche
à en connaître le contenu, c’est
un jeu d’enfant», confie le webmaster
d’une grande entreprise de nouvelles
technologies de l’information et de
la communication.
La parade du pro? Tous les bons amateurs connaissent:
«Moi, je me sers d’une messagerie
instantanée, MNS Messenger. Il en existe
beaucoup d’autres: ICQ, Yahoo Messenger…
Elles sont utilisées quotidiennement
dans 70% des entreprises, et le plus souvent
sans la bénédiction des directions
informatiques qui n’y ont pas accès.
Les conversations sont plus difficiles à
intercepter car le serveur interne n’en
garde aucune trace!» Bien pratique,
à en croire également Christophe
qui, depuis plus d’un an, «entre
deux tâches», entretient une cyber-relation
Paris-Canada avec Natacha.
Premier contact sur un site de rencontres,
puis échange de pseudos (respectivement,
«Zorro» et «Clochette»)
pour se retrouver sur messagerie. Ils ne se
sont jamais vus et pourtant: «Entre
nous, c’est brûlant! Il n’y
a aucun tabou et une vraie liberté
d’expression. Dès que j’ai
un moment au bureau, je me mets sur Yahoo.
Parfois nos échanges durent quelques
secondes. Parfois plusieurs dizaines de minutes.
Ça dépend du taf.» Consciencieux,
tout de même! Pour éviter les
batifolages virtuels, certaines boîtes
ont toutefois trouvé une solution.
Le verrouillage des téléchargements
des messageries instantanées et de
l’accès aux «chats»
et aux sites de rencontres. C’est la
ceinture logicielle.
A ces dragueurs du bureau, à ces condamnés
à l’écran morne, un seul
conseil: le retour au terrain. Tout bas dans
l’ascenseur ou sur le trottoir: «Heeuu,
vous habitez chez vos parents?» Dur.
Marion Meynier
|
|