Le SMS, la nouvelle
arme du harceleur
Michael, 14 ans, pianote toujours frénétiquement
du pouce, mais aujourd’hui, il filtre.
Lors d’un chat, il y a deux ans, il
fait la rencontre d’une fille dont le
profil lui plaît. Michael finit par
lui donner son numéro de portable.
Commencent alors les échanges de SMS.
«En fait, elles étaient trois
derrière le pseudo. Un jour, elles
ont commencé à s’énerver,
à me téléphoner, et j’avais
beau raccrocher, elles me rappelaient toutes
les cinq secondes et m’insultaient»,
se souvient-il. Michael finira par changer
de carte SIM. «Ça fait peur sans
faire peur. C’est vrai qu’elles
ne savaient pas où j’habitais
ni quelle tête j’ai. Mais c’est
bizarre de sentir quelqu’un pénétrer
ainsi dans sa vie privée pour vous
menacer», commente-t-il.
Difficile à chiffrer
Le témoignage de Michael est loin
d’être un cas isolé. Que
la rencontre se fasse électroniquement
et reste anonyme, ou qu’il s’agisse
d’un membre connu de son entourage,
les exemples de mineurs et d’adultes
victimes de harcèlement via SMS pleuvent:
«toute la nuit»; «20 SMS
par jour»; «par crises»;
«15 d’un coup»; «insistants
puis injurieux»; «menaçants»...
Selon Claude Wyss-Brunner de la police cantonale,
les délits d’abus de téléphone
ont augmenté de 85% en trois ans; 78
plaintes ont été répertoriées
en 2003, mais ces statistiques ne sont que
partielles car les juges concilient souvent
l’affaire à leur niveau. De son
côté Swisscom reçoit une
centaine de plaintes chaque année selon
son porte-parole, Christian Neuhaus.
Le problème en Suisse est minime
comparé à d’autres pays
comme la Grande-Bretagne. En novembre, le
Sunday Star Times rapportait que le suicide
d’un adolescent aurait été
précipité par la réception
de SMS. «Cette nuit-là, mon fils
a écrit et reçu un nombre de
messages qui l’ont fait quitter la maison
pour se rendre au sommet de cette falaise»,
racontait Helen Algar.
Le SMS change les rapports
Il est difficile d’évaluer
scientifiquement si le SMS change la nature
du harcèlement (lire encadré).
En revanche, par son côté anonyme
et désinhibant, il légitime
le «harceleur» dans son acte,
analyse Daniela Cerqui, anthropologue rattachée
à l’Institut d’anthropologie
et de sociologie de Lausanne. «C’est
le même phénomène qu’avec
le chat et la drague sur internet, ajoute-t-elle.
Il facilite l’échange car on
n’est pas directement devant la personne.»
En face de quelqu’un, sans doute mesure-t-on
mieux l’impact de ce que l’on
est en train de dire ou de faire. Le SMS change
les rapports, car il permet d’esquiver
la confrontation.
De plus, il n’y a plus d’ajustement
par rapport aux réactions de l’autre
et donc moins la possibilité de désamorcer
des éventuels malentendus. «Mais
au fond, c’est tout aussi intrusif que
le Romeo qui hurlerait toutes les trois minutes
sous vos fenêtres!»
D’autre part, ce moyen de communication
attise la déception et la frustration
pouvant avoir des effets catalyseurs sur un
individu fragile au niveau psychique. «Si
on fait la sourde oreille, on a le droit à
une montée de ton, et si on répond
gentiment, on a une réponse presque
instantanée qui demande d’aller
plus loin,» commente Mme Cerqui.
[...] - Kyra Dupont Troubetzkoy
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