SOMMAIRE
1- On
s'est connu dans le cyber-espace - Par
Sophie Allard
Vous êtes célibataire depuis
quelques années et ça commence
à vous peser. Vous travaillez beaucoup,
vous occupez vos quelque temps libres à
jouer au hockey ou à faire de la danse
aérobie et les bars, ce n'est pas pour
vous. Les opportunités de rencontres
se font donc aussi nombreuses que les chances
d'être emporté par une tornade!
Vous croyez en être quitte pour adopter
un chien de compagnie afin de soulager votre
ennui lorsque vous entendez l'appel de votre
clavier informatique... Et si,du bout des
doigts, vous pouviez dénicher l'âme
soeur?
Un phénomène en croissance
"Le phénomène des cyber-rencontres
semble actuellement être en pleine croissance.
Ça évolue de façon parallèle
à l'importance que prend Internet dans
nos vies", indique François Blanchette,
sexologue. "Ça gagne en popularité
car l'Internet est un moyen de rencontre facile.
Pas besoin de s'habiller, ni de sortir. On
n'a qu'à s'installer confortablement
devant notre ordinateur pour accéder
à tout un domaine virtuel de rencontres."
Les possibilités d'échanges
sont multiples: les sites de chat, les forums
de discussion, les agences de rencontres...
Mais, les flèches virtuelles de Cupidon
atteignent-elles vraiment leur cible ?
"Le taux de succès est très
élevé, affirme Jean-Pierre Cyr,
président de l'agence de rencontres
Réseau Contact. J'ai reçu, et
je reçois toujours, des témoignages
de gens heureux qui se sont rencontrés
grâce à mon site. En fréquentant
le Réseau Contact, on est sûr
de se faire des amis. Pour ce qui est de l'âme
soeur, disons que les chances sont assez bonnes."
Et concernant les chats, ces terrains de jeux
où règnent liberté et
anonymat, les données sont pratiquement
inexistantes... Parfois, ça fonctionne.
Mais, souvent, trouver l'âme soeur sur
le net n'est pas de tout repos. Parlez-en
à Chanel...
Chanel, 52 ans, est mère monoparentale
et célibataire depuis une douzaine
d'années. Elle s'est d'abord tournée
vers Internet par curiosité. Aimant
beaucoup écrire, elle s'est déniché
quelques correspondants masculins à
travers le monde pour en connaître plus
sur leur culture, leurs valeurs et échanger
sur des sujets d'intérêt commun.
Comme elle trouvait que les sites de chat
et ne correspondaient pas à ses besoins,
elle s'est inscrite à une agence de
rencontres. "J'ai rencontré une
dizaine d'hommes. On s'envoyait des messages
électroniques et, si on le jugeait
bon, on se rencontrait. Malheureusement, j'ai
presque toujours été déçue.
Souvent, ça ne clique pas ou je réalise
que certains hommes ne veulent avoir qu'une
aventure." Après maints efforts
et déceptions, Chanel a fait une croix
sur les cyber-rencontres, quoiqu'elle y jette
occasionnellement un coup d'oeil, question
de voir si elle ne trouverait pas par hasard
la perle rare...
Catherine, 25 ans, a eu plus de chance que
Chanel. C'est en chattant qu'elle a trouvé
sa perle rare, Éric, il y a deux ans.
Étudiante universitaire, elle travaillait
dans une centrale téléphonique
tous les mercredis soirs. Comme les appels
se faisaient plutôt rares, elle en profitait
pour chatter. "Je me promenais surtout
sur des sites où je pouvais discuter
avec des étrangers. Puis, à
un moment donné, je suis allée
sur un site québécois et j'ai
rencontré Éric. On a chatté
toute la soirée. Puis, nos rendez-vous
se sont répétés à
toutes les semaines. On discutait de tout
et de rien et on philosophait sur la vie.
On a découvert qu'on avait bien des
points en commun", confie-t-elle. Aussi,
après quelques semaines, les rendez-vous
de chat se sont transformés en courriels
quotidiens. Puis, après un mois de
ce manège, ils ont pris le téléphone
et se sont fixé rendez-vous. À
peine six mois après cette rencontre,
ils aménageaient ensemble et filent
encore le parfait bonheur. Coup de chance?
"C'est vraiment un hasard, répond
Catherine. C'est la première fois que
je sympathisais avec quelqu'un sur Internet.
Et puis, Éric avait plutôt l'habitude
de chatter avec des gars pour parler hockey!
Je ne sais pas si Internet est un bon moyen
de rencontre. Je préfère les
contacts réels, mais tout est une question
d'affinités entre les personnes qui
se rencontrent, peu importe l'endroit."
2-
Univers du mensonge ?
Sur Internet, l'anonymat est roi et plusieurs
s'y croient tout permis. Certains tombent
dans le piège comme Martin (nom fictif)
qui a chatté pendant plusieurs mois
avec une fille plutôt sympathique qui
ne cessait de repousser le moment d'une éventuelle
rencontre. Et pour cause: c'était un
homme! "Sur Internet, c'est facile de
mentir, mais je crois que la plupart des usagers
ont plutôt tendance à embellir
la réalité et à choisir
les vérités qu'ils veulent dire,
souligne François Blanchette. Il y
a des parties de nous-mêmes que nous
ne sommes pas obligés de livrer puisqu'il
n'y a personne à nos côtés
et l'autre n'a aucun moyen de vérifier."
Les internautes ont tendance à croire
qu'ils établissent
des relations plus intimes qu'elles ne sont
en réalité.
Sophie, 24 ans, a été confrontée
à cette réalité. Il y
a trois ans, alors qu'elle était étudiante,
elle chattait assez fréquemment. Alors
qu'elle était dans un chat francophone,
un anglophone a fait son entrée. "Il
demandait à parler à quelqu'un,
mais personne ne lui répondait. Comme
je me débrouille bien en anglais et
que j'aime pratiquer, j'ai initié la
conversation et ça a cliqué
immédiatement!" Corey était
étudiant en informatique, intellectuel,
romantique à souhait, sportif... "On
partageait plein d'intérêts communs
comme les livres, l'opéra, les sports
de plein air... Et puis, on semblait penser
de la même façon. J'en suis vite
tombée amoureuse!" Le hic : il
habitait en Illinois.
Les rencontres sur le chat se sont multipliées
et les échanges de messages électroniques
également. Ils se sont ensuite envoyé
leur photo et Corey a commencé à
parler de son intention de venir visiter Montréal.
"J'étais folle de joie et je lui
ai dit que je pourrais probablement l'héberger.
Quand j'ai parlé de ça à
mes parents, ils m'ont dit que c'était
très imprudent de ma part. À
mon avis, je le connaissais assez pour savoir
qu'il n'y avait aucun danger. Il était
si doux..." À tout hasard, Sophie
a fait des recherches sur le Net à
son sujet et elle a découvert quelques
éléments de son passé
qu'il aurait certainement préféré
garder secrets... "En fait, je suis tombée
sur une question envoyée à une
émission de télévision
par une étudiante du même campus
que Corey. Elle y mentionnait son nom et disait
que des accusations de viol pesaient contre
lui et voulait savoir quels étaient
ses recours si des procédures judiciaires
étaient entamées. Le c¦ur
me débattait follement! Et j'ai pleuré..."
Sophie a confronté Corey. Il a expliqué
que c'était un coup monté d'une
fille qui était amourachée de
lui et que tout ça lui avait ruiné
sa vie, enlevé ses amis, etc. "À
force de discuter avec lui, je crois qu'il
dit vrai. Mais, j'ai fait une croix sur une
éventuelle rencontre. Je ne suis tout
de même pas assez bête pour prendre
le risque! C'est dommage... On s'écrit
tout de même une fois de temps en temps."
Selon François Blanchette, les internautes
ont tendance à croire qu'ils établissent
des relations plus intimes qu'elles ne sont
en réalité. "En écrivant,
on a l'impression de très bien connaître
l'autre personne. Souvent, les gens vont s'exprimer
plus facilement sur certains sujets, mais
demeurent secrets sur d'autres. Quand on se
rencontre en réel, on saisit mieux
la personnalité de l'autre. Le langage
non verbal est très important, les
gestes, la façon de parler, l'apparence...
Sur Internet, on n'a pas vraiment de repères
et ça peut nous jouer des tours. Les
risques de tomber sur un psychopathe sont
presque nuls, il ne faut pas être alarmiste,
mais on doit être prudent."
3-
Du virtuel au réel
Après plusieurs rendez-vous de chat,
plusieurs personnes préfèrent
concrétiser les rencontres intéressantes.
Mais, entre le virtuel au réel, il
y a toute une différence! Chanel correspondait
avec un homme depuis quelques temps et a décidé
de lui donner rendez-vous dans un café.
"J'avais déjà vu sa photo,
alors je pensais savoir à quoi m'attendre.
Erreur! Quand je l'ai vu, je l'ai trouvé
absolument dégueulasse! Il était
plus petit que moi, avait les dents jaunies,
son style vestimentaire était affreux
et il ne semblait pas très propre.
Pourtant, sur la photo, il avait l'air beaucoup
mieux!" Devant le refus de Chanel de
donner suite à cette rencontre, l'homme
a commencé à lui envoyer des
adresses de sites 3X et des lettres de bêtises...
"Sur Internet, on parle à des
fantômes. Souvent, on se fait une idée
de l'autre, on se crée des scénarios
et on est souvent déçus."
Dès qu'on veut quelque chose de plus
profond,
il faut aller vers une rencontre.
"J'étais déjà
en amour avec Éric avant même
de le rencontrer, raconte Catherine. Alors,
j'étais vraiment nerveuse à
l'idée de ce premier rendez-vous. On
s'était décrit, mais je ne savais
pas si on se plairait. En fait, ça
n'a pas été le grand coup de
foudre, mais il y a eu une chimie."
"La rencontre réelle pose des
barrières que les échanges électroniques
n'ont pas", soutient Geneviève,
25 ans. Elle chatte occasionnellement depuis
deux ans et a concrétisé à
trois reprises des relations virtuelles qui
duraient depuis plusieurs mois. "Dans
deux cas sur trois, la relation s'est terminée
avec cette première rencontre. Ce n'est
pas une question de détails physiques,
mais plutôt d'attitude et du contact
lui-même. C'est dommage car j'entretenais
de bons échanges avec eux..."
La troisième rencontre a toutefois
été le prélude d'une
relation qui a duré quelques mois.
"On s'entendait vraiment bien, mais c'était
devenu insoutenable car il avait une copine
avec qui il habitait. C'était pas évident
pour lui de la quitter et j'étais prise
dans un genre de relation dont je ne voulais
pas. J'ai mis un terme à tout cela..."
Selon Michel Goulet, sexologue, c'est lors
du rendez-vous que ça passe ou ça
casse. "Le vrai test, c'est celui de
la réalité!"
Prisonniers du virtuel...
Ce test, plusieurs préfèrent
ne pas le vivre et demeurer dans l'univers
de l'imaginaire. Le timide peut se faire Don
Juan, la pudique jouer la nymphomane... "Pour
ceux qui veulent des contacts superficiels,
Internet est idéal. Souvent, ces personnes
ont de la difficulté à s'impliquer
dans une relation réelle. Internet
leur donne l'impression d'être intime
avec des partenaires, mais ils ne communiquent
avec personne en particulier. Le contact se
fait seulement avec le clavier et l'écran.
Dès qu'on veut quelque chose de plus
profond, il faut aller vers une rencontre,
le virtuel ne suffit pas", indique François
Blanchette.
Certains développent même une
dépendance de ces rencontres virtuelles
et peuvent passer plusieurs heures par jour
devant leur écran! "Ça
peut devenir très envahissant à
un point tel que ces personnes coupent les
possibilités d'interagir avec leurs
proches, arrivent en retard au bureau ou chattent
pendant leurs heures de travail, poursuit
François Blanchette. Ça peut
avoir d'importantes conséquences car
Internet est très facile d'accès."
Michel Goulet a plusieurs patients souffrant
de cyberdépendance. "Ceux qui
ont de la difficulté à socialiser
peuvent être tentés de se maintenir
dans l'univers virtuel, dans leurs rêveries.
Mais, ça crée un isolement encore
plus grand." Selon lui, l'aspect sexuel
est souvent lié à cette dépendance.
"Je ne crois qu'on devienne vraiment
dépendant des rencontres virtuelles,
mais plutôt de l'érotisme lié
à celles-ci."
4-
Et les conjoints ?
Les relations virtuelles peuvent être
vues comme des infidélités par
les conjoints d'internautes mordus du chat.
Mais qu'en est-il vraiment? "Ça
dépend de ce qu'on entend par fidélité.
Je considère que toutes les choses
que l'on fait qui peuvent blesser la personne
que l'on a choisie ne sont pas très
constructives. Quand on consacre tout son
temps à chatter et à partager
des émotions et des détails
intimes avec quelqu'un d'autre au lieu de
consacrer son temps à son couple ou
à sa famille, ça peut être
une infidélité." Michel
Goulet abonde dans le même sens. "Certains
de mes patients qui sont dans cette situation
vivent beaucoup de jalousie. Ils se sentent
trahis. Même s'il y a exclusivité
sexuelle, il manque l'exclusivité émotive..."
Et puis, il y a toujours la possibilité
d'une rencontre...
"Dès qu'Internet est arrivé
à la maison, ma relation de couple
s'est détériorée",
confie Roger, récemment séparé
après 24 ans de mariage. "Ma conjointe
avait une difficulté à communiquer
et s'est sentie très à l'aise
dans cette réalité virtuelle.
Elle chattait du matin au soir. Peu à
peu, on s'est distancé l'un de l'autre
et je crois qu'elle a rencontré quelqu'un
sur Internet." Quoique la séparation
se soit déroulée positivement,
Roger est catégorique : plus jamais
d'Internet à la maison! "Je crois
que c'est un bon outil pédagogique
et que ça peut briser l'isolement des
gens seuls. Mais quand on fuit la réalité
pour vivre dans un monde virtuel plein de
magie, ça peut être dangereux
et créer une dépendance très
forte."
Internet: pas que du mauvais
Selon Vincent et Isabelle, il ne faut pas
croire que les rencontres sur l'Internet n'ont
que du mauvais. "Nous nous sommes rencontrés
sur un babillard électronique, alors
que le courrier électronique n'était
pas encore populaire. Nous sommes ensemble
depuis près de six ans et nous nous
sommes mariés l'été dernier!",
conte Isabelle, 24 ans. Sans privilégier
ce mode de rencontre, ils concèdent
qu'il a plusieurs points positifs. "Je
crois que c'est un bon outil pour approcher
des gens, affirme Vincent. Contrairement à
la drague dans les bars, on ne met pas l'accent
sur le paraître, mais sur l'être.
Et puis, ça peut faciliter les premiers
pas pour une personne timide."
Michel Goulet renchérit. "Pour
ceux qui n'aiment pas les bars et qui ont
un rythme d'activités qui ne leur permet
pas de faire des rencontres, Internet peut
être intéressant. Pour certains,
c'est même une économie de temps
et une bonne façon d'apprivoiser l'autre."
Jean-Pierre Cyr, de Réseau Contact
— qui prêche pour sa paroisse!
— est aussi d'avis que l'Internet est
un bon moyen de rencontre. "Nous avons
plus de 105 000 membres à travers la
francophonie. Nos clients peuvent rechercher
l'âme s¦ur à l'aide d'un
moteur utilisant plusieurs critères,
donc assez précis. Rapidement, on peut
être en contact avec une personne qui
partage nos intérêts et qui répond
à nos goûts."
Attention...
La réalité est souvent moins
magique que le virtuel...
"Internet, c'est bien, mais il faut
être très prudent lors d'une
première rencontre. Un endroit neutre
et fréquenté est idéal",
indique Chanel. À certaines occasions,
elle s'est mise dans des situations risquées
et en tire aujourd'hui des leçons.
"Un homme de la région de Québec
que j'avais rencontré à quelques
reprises est arrivé chez moi avec sa
valise sans préavis. Il voulait que
je l'héberge. Je ne voulais pas, mais
j'étais très mal à l'aise.
Il a dormi dans la chambre de mon fils qui
était absent et j'ai fermé la
porte de la mienne. Trop craintive, je n'ai
pu dormir de la nuit et le lendemain, je lui
ai suggéré de se trouver une
autre place où loger. Il était
insistant et ça aurait pu mal tourner..."
Michel Goulet conseille d'autre part de
ne pas s'emballer trop vite. "Par exemple,
si on correspond avec quelqu'un de l'étranger.
On peut être bien amoureux, mais il
faut se demander où ça nous
mène et si on est prêt à
tout sacrifier pour aller vivre cette histoire
d'amour." Et puis, la réalité
est souvent moins magique que le virtuel...
Aussi, Isabelle croit qu'il vaut mieux ne
pas trop retarder la rencontre. "Le contact
est déterminant. On ne peut pas bâtir
une relation sur le net." Et puis, comme
indique Vincent, son copain : "Il ne
faut pas oublier que le plaisir demeure dans
les baisers et les caresses..."
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