04/08/2003 - Alexandre Lévy
"L'utilisation d'Internet est
en passe de devenir la forme la plus fréquente
d'infidélité dans les couples",
conclut une récente étude de
l'université de Floride menée
auprès de 86 internautes américains
mariés âgés de 25 à
66 ans. Dans le cadre de son doctorat en psychologie,
la chercheuse Beatriz Avila Mileham a interviewé
durant près d'un an des utilisateurs
assidus de sites et de forums de discussion
consacrés à la recherche d'aventures
extraconjugales sur la Toile. "Je n'ai
voulu qu'essayer de retrouver ces sensations
que j'ai connues lorsque, dans ma jeunesse,
j'ai commencé à flirter et à
rencontrer des femmes", a confié
l'un de ces hommes mariés, en évoquant
le sentiment de "battement d'ailes de
papillon dans son ventre" que lui procurait
cette expérience. Plus prosaïquement,
la majorité des interviewés
étant des hommes, ils justifient leurs
incartades virtuelles par la quasi-absence
de relations sexuelles dans leur couple, leur
épouse étant "trop absorbée
par l'éducation des enfants".
D'autres avouent s'être lancés
dans le flirt en ligne pour "tromper
l'ennui" ou pour y chercher un peu de
"fun" et de "changement".
Ainsi, des échanges parfois brefs et
innocents avec des partenaires du sexe opposé
sur le Net prendraient rapidement une tournure
beaucoup plus explicite, avant de dégénérer
parfois en véritables passions virtuelles.
"Aujourd'hui, avec Internet, plus besoin
d'imaginer des faux voyages d'affaires ou
de chercher quelque obscur motel. Vous pouvez
développer votre relation extraconjugale
devant l'ordinateur, souvent dans la même
pièce que votre partenaire actuel",
résume Beatriz Avila Mileham.
Pour expliquer cet engouement pour les flirts
virtuels des hommes et des femmes mariés,
l'étude met également en avant
l'anonymat, la facilité et le sentiment
d'impunité que procurent ce genre d'échanges,
qui se révèlent du même
coup propices aux confidences éclair
et au dévoilement de soi. Mais avec
cet avantage que l'on peut commencer une relation
comme y mettre fin par un simple clic de souris
et sans trop d'états d'âme, rappelle
l'étude. D'ailleurs, plus des deux
tiers des interrogés ont affirmé
ne pas éprouver de culpabilité,
ni un quelconque sentiment d'"avoir fait
quelque chose de mal" en entretenant
un tel type de relation extraconjugale. Vingt-six
des personnes interrogés ont néanmoins
franchi le cap, en acceptant de rencontrer
de visu leur partenaire virtuel ; deux d'entre
eux ont basculé dans une véritable
relation amoureuse.
De nombreux psychologues et conseillers
familiaux ont accueilli avec grand intérêt
la parution de cette étude, qui, selon
eux, permettra de mieux comprendre ce phénomène
dans un pays dont la population connectée
à la Toile augmente de façon
exponentielle d'année en année.
"Des collègues à travers
tout le pays témoignent que l'activité
sexuelle sur Internet est à l'origine
d'un nombre croissant de problèmes
conjugaux, a rappelé Al Cooper, un
expert reconnu en la matière. Nous
devons mieux en connaître les ressorts
si nous voulons pouvoir mettre en garde les
gens que les flirts en ligne sont une pente
glissante qui mène, bien trop souvent,
directement au divorce." L'auteur de
l'étude, Mme Mileham, estime, quant
à elle, que la question de l'utilisation
d'Internet a pris une telle importance qu'elle
devrait être discutée désormais
par les couples au même titre que le
fait d'avoir des enfants ou pas. Et cela bien
avant de s'engager sur la voie du mariage.
Alexandre Lévy
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