Bon nombre
de relations amoureuses débutent désormais
sur Internet. Pour le plus grand bonheur des
sites de rencontres. Et pour leur plus grand
profit.
Benjamin Peyrel , L'Ordinateur Individuel
(n° 190), le 13/03/2007
Selon l'Insee, la France compterait actuellement
plus de 15 millions de célibataires,
soit deux fois plus qu'il y a vingt ans. Une
statistique ? Non, un véritable eldorado
! En dévoilant ces chiffres, en septembre
dernier, l'Institut national de la statistique
et des études économiques a
fait saliver quantité d'entrepreneurs,
toujours en quête de nouveaux marchés
à conquérir...
De fait, les rayons des supermarchés
regorgent déjà de plats en portion
individuelle pour gourmets solitaires, tandis
que les agences de voyages multiplient les
offres de vacances « en solo ».
Et, bien sûr, Internet n'échappe
pas au phénomène. Le Web est
même l'un des premiers secteurs à
avoir saisi les énormes potentialités
de ce nouveau marché. En misant sur
le produit le plus recherché par les
célibataires : l'amour.
Résultat, depuis quelques années,
les sites de rencontres pullulent sur la Toile.
On connaît presque tous, parmi ses relations,
un couple noué par modem interposé...
Les célibataires, une population
au pouvoir d'achat très séduisant...
Sur quoi repose ce succès ? Tout
d'abord, sur l'engouement des célibataires.
Selon Pascal Ladrellier, sociologue à
l'université de Dijon et auteur de
Le Coeur net, célibat et amour sur
le Web (aux éditions Belin), «
en France, près de la moitié
des célibataires se seraient déjà
connectés à l'un de ces services
». Et comme, en règle générale,
ils n'hésitent pas à multiplier
leurs chances de conquêtes en allant
chercher l'âme soeur sur plusieurs sites,
les chiffres sont éloquents.
En France, pour les quatre géants
du secteur, Meetic, Netclub, Parship et Match,
le nombre d'utilisateurs inscrits s'établit
respectivement à 7,4, 2,5 et 1,4 million(s).
D'autres, comme Amoureux, SeRencontrer ou
ABcoeur tournent autour du million. Un constat
d'autant plus satisfaisant pour leurs éditeurs
que, comme le confie Laurent Dehin, responsable
du site RencontresAzur, « cette population
dispose d'un pouvoir d'achat considérable
».
Une donnée fondamentale. Car si ces
sites ont relégué les vieilles
agences matrimoniales au rang d'antiquités,
ils en conservent l'un des principes de fonctionnement
: pour regarder, c'est gratuit, mais pour
« toucher », il faut payer ! Tous,
ou presque, utilisent la même méthode
: appâter le célibataire en mal
d'amour en le laissant accéder librement
aux profils des autres utilisateurs. Et lui
faire payer les autres services, comme la
prise de contact, l'envoi ou la lecture de
messages, le dialogue en direct, etc.
Sur la plupart des sites, l'inscription
est effectivement gratuite et rapide, comme
annoncé sur la page d'accueil. Mais
l'internaute doit ensuite dégainer
sa carte bancaire pour envoyer un e-mail ou
entamer un chat avec une conquête potentielle.
Les tarifs ? Sans être exorbitants,
ils ne sont pas négligeables : entre
20 et 60 euros par mois.
Pour Meetic, par exemple, le forfait mensuel,
qui permet de dialoguer de façon illimitée
avec les autres membres (par e-mail ou par
chat) s'élève à 20 euros.
Chez NetClub, l'internaute doit choisir entre
un forfait Silver (25 euros par mois) ou Gold
(33 euros par mois), ce dernier ne lui donnant
qu'un droit supplémentaire : l'accès
au service de « chat » .
Certains sites démarrent avec des
formules gratuites, le temps de se faire connaître
et de développer leur base de membres,
puis ils passent à des modèles
payants. C'est le cas par exemple de PointsCommuns,
basé sur des rencontres par affinités
culturelles. Meetic a fait plus fort. Après
avoir longtemps proposé gratuitement
ses services aux femmes (un système
largement appliqué dans les boîtes
de nuit), pour augmenter sa base de contacts
rapidement et attirer un maximum d'hommes
en mal d'affection, il fait désormais
payer tout le monde.
Comme si cela ne suffisait pas, les sites
de rencontres n'hésitent pas à
facturer, en plus du forfait, des options
supplémentaires. Sur Meetic, par exemple,
il est possible d'obtenir une publication
plus rapide de sa photo moyennant l'envoi
d'un SMS surtaxé (1,5 euro). Même
chose chez Match ou Net-Club, ce dernier proposant
également, en option payante, un service
de messagerie vocale (0,34 euro/min) ou un
chat par SMS (0,35 euro plus le prix du SMS).
Quant à Parship, il facture 59 euros
l'envoi d'un rapport de personnalité,
savant mélange de profil psychologique
et de conseils sur la recherche de partenaires.
Bref, tous les moyens sont bons pour soutirer
quelques euros aux soupirants virtuels.
Meetic : 20 millions d'inscrits
en Europe pour 35,8 millions de chiffre d'affaires
La facturation des services de rencontre
n'a rien de scandaleux. Elle constitue même
une réelle garantie, en éloignant
les plaisantins, les pervers et autres touristes
sexuels qui rôdent sur le Net (et dans
certains services de chat) à la recherche
d'innocentes victimes...
Mais elle est surtout extrêmement
profitable aux entreprises qui animent ces
sites. Un simple coup d'oeil sur le parcours
de Meetic, numéro 1 français
et européen du domaine, suffit pour
s'en convaincre. En à peine quatre
ans, la petite start-up née à
Boulogne-Billancourt s'est hissée parmi
les géants du Web, passant de 80 000
clients, en France, à plus de 20 millions,
en Europe.
Quant à son chiffre d'affaires, au
premier semestre 2006, il était en
hausse de 92 %, atteignant les 35,8 millions
d'euros, contre 18,6 millions l'année
précédente. Une progression
fulgurante qui a même permis à
la société de faire son entrée
en bourse dans le courant de l'année
2005.
Le succès de Meetic et des autres
géants de la rencontre en ligne, comme
Match ou Parship, a bien évidemment
aiguisé les appétits. Parmi
tous les concurrents, de tailles diverses,
qui tentent de s'approprier une part du gâteau,
on trouve beaucoup de sites généralistes.
Mais depuis quelque temps, on voit aussi se
développer des sites spécialisés,
s'adressant à un public dont le profil
(culturel, ethnique, sociologique, etc.) est
bien spécifique.
Désormais, on peut donc chercher
l'âme soeur sur des sites communautaires,
réservés à ceux qui partagent
la même confession religieuse, la même
couleur de peau ou les mêmes sensibilités
politiques, qui vivent à la campagne,
qui possèdent des animaux domestiques,
qui apprécient les sports ou encore
qui souffrent d'un handicap (voir encadrés).
« Pour le moment, il y a un effet
de masse : les très grands sites se
sont emparés de la quasi-totalité
du marché. Pour assurer leur développement,
les nouveaux entrants n'ont donc pas d'autre
solution que d'exploiter des niches très
particulières », explique Frédérique
Ploton, auteur du Guide des rencontres sur
Internet (publié aux éditions
Fourmi.com).
Sites de rencontres communautaires
: à chacun sa part de Ghetto !
Une segmentation payante ? Pas si sûr...
Car en jouant la carte du communautarisme,
ces nouveaux sites ne sont pas certains de
faire le plein d'inscrits, gage de rentabilité.
« Ils reproduisent les barrières
sociales de la vie réelle alors que
l'une des raisons du succès des sites
de rencontres réside dans le fait qu'ils
permettent justement de s'en affranchir :
des gens ont la possibilité de se rencontrer
alors que cela n'aurait jamais pu arriver
dans la vie réelle , explique Frédérique
Ploton. De plus, en restreignant leur base
de clients potentiels, ils risquent de ne
jamais atteindre leur seuil de rentabilité.
»
La tâche de ces petits nouveaux sera
d'autant plus complexe que Meetic pourrait
leur couper l'herbe sous le pied... En témoignent
les deux nouveaux sites spécialisés
que le géant français vient
d'ouvrir sur la base d'une segmentation générationnelle
: Superlol, destiné aux adolescents,
et Ulteem, plutôt réservé
aux seniors. Dans l'univers de la rencontre,
on ne se fait décidément pas
de cadeau...
Drôles d'histoires...
Si les sites de rencontres sont globalement
bien fréquentés et bien surveillés,
plusieurs témoins nous ont rapporté
des cas plus ou moins étranges, glanés
au cours de leurs déambulations dans
ces espaces de rencontres virtuelles. Ainsi
quand on voit les profils de trois superbes
blondes célibataires de 25 ans diplômées
du supérieur s'afficher sur la même
page, on soupçonne qu'elles ne sont
pas vraiment « en quête d'une
relation sincère et durable »,
mais font plutôt commerce de leurs charmes.
Aux dires des responsables des sites interrogés,
ce phénomène resterait mineur...
Dans un autre genre, il semblerait que certains
sites n'hésitent pas à employer
des animatrices (ou des animateurs) se faisant
passer pour des membres, histoire d'appâter
de nouveaux venus payants, et de dialoguer
avec eux, comme au temps du Minitel rose...
Enfin, on nous a rapporté plusieurs
cas de membres recevant de curieux messages,
émanant le plus souvent de jeunes femmes
vivant à l'autre bout du monde (en
Asie ou en Afrique) et qui n'avaient même
pas consulté leur profil ! Méfiance
donc...
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