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SOMMAIRE

1- Ne naviguez pas en eaux troubles
2- On peut avoir de mauvaises surprises...
3- Décrocheurs de la réalité: ce qu'en pensent les sexologues
4- Sécurité élémentaire
5- L'une cherche l'âme soeur...


1- Ne naviguez pas en eaux troubles - Par Guy Sabourin

À l'ère du virtuel, Internet sert à courtiser, à rencontrer, parfois même à baiser. Mais attention aux déclarations enflammées, genre "I love you", qui se transforment parfois, on le sait, en méchant virus!

Tout le monde le fait... ou presque. Chaque jour, des millions d'internautes des quatre coins de la planète se courtisent dans Internet avec l'espoir de rencontrer l'âme soeur. "Les sites de rencontre virtuelle sont les plus visités après les sites pornos", soutient Karine Vincent, directrice du marketing chez Beehive, l'agence de marketing Internet qui anime le site Web Séduction. Le rêve: c'est fait dans l'anonymat absolu, ce qui donne à la recherche virtuelle une méchante longueur d'avance sur les méthodes conventionnelles.

Autre avantage: l'accessibilité et l'instantanéité. À toute heure du jour et de la nuit, décoiffée, démaquillée, en pantoufles, n'importe qui peut partir à l'aventure sur écran, chercher un partenaire ou simplement se payer un orgasme vite fait bien fait à partir des mots suggestifs d'un correspondant lubrique. Il y a toujours un internaute "en ligne" pour satisfaire notre besoin d'amitié, d'amour ou de sexe.

Tricheuse, va!

Partir à la chasse à l'homme, sans fard ni artifices? Impensable, dites-vous! Dans le confort de votre maison, le port du pseudonyme et des bigoudis sont permis, mais vous pouvez tout de même tricher un peu en vous décrivant à votre correspondant plus fine, plus mignonne qu'en réalité. Certains salons spécialisés (chatrooms en anglais, endroits où l'on bavarde en direct) vous proposent même de vous confectionner un personnage à la Bogart ou à la Bardot. Ces comédiens bidons réunis dans un baisodrome virtuel parlent sexe sans entracte, ce qui en émoustille assurément certains. C'est ça, la magie d'Internet: adieu, hanches fortes, cheveux gris, voix aigrelette, tempérament colérique, bedon ou calvitie. Bonjour, Barbie ou Prince Charmant... et parfois les déboires.

Car il ne faut pas se faire d'illusion: les princes charmants ont parfois vite fait de se transformer en crapauds. En réalité, ce sont ces mêmes personnes ordinaires que l'on croise dans la rue qui ont oublié le temps d'une émotion sexuelle leur identité réelle. "Nous avons tous un côté créatif, une propension à jouer des rôles, à fantasmer et tout ça se fait facilement sur le net, explique Josée Leboeuf, sexologue clinicienne et psychothérapeute, professionnellement intéressée par la sexualité "virtuelle". On peut aisément y figurer quelqu'un d'autre sans se faire prendre. Tandis qu'au téléphone ou en personne, nous ne pouvons trop tricher, car le corps et la voix traduisent d'incontournables émotions."

2 - On peut avoir de mauvaises surprises...

Lorraine, 40 ans et monoparentale, en sait quelque chose. Sur drague.net, un gars l'abordait sans relâche. Dans son carnet à côté, elle a écrit: harceleur. À force d'insistance, il a quand même fini par lui parler au téléphone. Là, c'est l'émotion. Cette voix, Lorraine ne peut y résister. "J'ai accepté de le rencontrer. Un très bon gars, séduisant et tout." Alors, c'était quoi le problème? "Il est marié, à la poursuite d'une aventure. Ça ne m'intéresse pas."

Désillusions "en ligne"

Il faut donc être prudente; Internet a aussi son lot de bugs. Mais pour ceux et celles qui cherchent à se faire un ami ou à tomber amoureux, il existe des sites, comme Web Séduction, qui misent sur la sincérité de leurs membres. Ils se font un devoir d'expulser les auteurs de propos osés, salés ou orduriers. Ce qui n'empêche pas deux adultes consentants de se chatouiller virtuellement "en privé". "Dans la mesure où l'on désire rencontrer quelqu'un pour vrai, après avoir épuisé les présentations par claviers interposés, on a intérêt à se décrire le plus fidèlement possible sur sa fiche personnalisée, faute de quoi on sera rejeté lors d'une première rencontre", croit Chantal Tardif, directrice des loisirs-activités pour Web Séduction.

Les happy ending existent-ils dans Internet? Bien sûr, et les agences de rencontre virtuelle s'en servent dans leur marketing. Les responsables de Web Séduction m'ont remis six témoignages écrits de couples pour qui le site a changé la vie. Il faut dire que n'importe quelle agence possède des témoignages semblables dans son classeur... tandis qu'elle a égaré les récits où les choses ont mal tourné (lire "L'une cherche l'âme soeur...")!

"Se faire un ami, un amoureux ou un amant dans Internet n'est ni plus ni moins facile qu'en utilisant les autres moyens, point à la ligne, précise Josée Leboeuf. Au début, les internautes paraissent fantastiques, par effet de nouveauté, d'immédiateté et parce que les tabous sociaux et sexuels tombent. Mais très vite on déchante quand on constate que les personnes qui nous conviennent restent finalement fort peu nombreuses. Comme dans la vraie vie!"

"Les internautes ne descendent pas de Saturne, prévient François Blanchette, sexologue clinicien, rattaché à l'unité des dysfonctions sexuelles de l'hôpital Saint-Luc et superviseur clinique pour les finissants en sexo de l'UQAM, également au fait du cybersexe. Ils sont aussi variés que l'est la société et viennent de toutes les classes, ont toutes les tendances et toutes les orientations sexuelles; ils n'ont en commun que l'accès à un ordinateur."

3 - Décrocheurs de la réalité: ce qu'en pensent les sexologues

Peut-on cependant abuser de son ordinateur? Devenir dépendant à la cyber-romance, au cybersexe, aux chatrooms? En tout cas, le sujet défraie les manchettes. Cela devient même cause de divorce quand l'un des partenaires se fond dans son écran. Des gens inquiets viennent de leur propre chef consulter sexologues et psychothérapeutes. La raison: ils consacrent trop de temps à "chatter" (parfois durant les heures de travail) et négligent le reste. Les enfants, le conjoint et les amis commencent à sentir que d'anonymes inconnus leur volent du temps. "La tendance sociale est à l'isolement, à l'anonymat, et Internet va droit dans cette direction", déplore François Blanchette.

"Comme toute dépendance, celle-ci traduit des habiletés sociales limitées, croit Josée Leboeuf. Quelqu'un qui vivrait toutes ses relations d'amitié et sa sexualité dans Internet devrait se poser des questions. Cette personne aurait intérêt à travailler certaines choses, dont son estime de soi." Le terme agace toutefois Réjean, 45 ans, grand habitué des chats à raison de deux à trois heures tous les soirs depuis trois ans: "Parle-t-on de dépendance quand quelqu'un regarde trois heures de télé par jour ou joue 20 heures par semaine au tennis?"

Selon les spécialistes de Consultation Élysa, un regroupement d'enseignants du département de sexologie de l'UQAM qui fournit des conseils professionnels d'ordre sexologique dans Internet, un bon nombre de personnes ont tendance à devenir dépendantes d'un outil pour vivre leur sexualité. Pour eux, le cybersexe n'est qu'un de ces outils. "La technologie actuelle permet de transmettre de plus en plus de signaux qui simulent les fantasmes communs ou inhabituels et la ressemblance que prend le résultat avec les désirs devient toujours plus troublante", écrivent-ils. Mais cela reste une simulation."

Cela dit, les sexologues que nous avons interrogés ne voient pas d'inconvénient à l'utilisation occasionnelle d'Internet à des fins sexuelles, comme dérivatif à la routine. Que ce soit pour regarder des images érotiques ou s'adonner aux chats coquins. Des couples le font ensemble pour pimenter la sauce conjugale. "On ne peut décemment condamner cet outil virtuel, à ranger parmi les livres, films ou conversations érotiques, qui servent occasionnellement de stimulateurs", note François Blanchette. Sexologues et thérapeutes ne jugent donc pas le monde virtuel, mais veulent aider ceux et celles qui ne décollent plus de leur clavier. "Qu'on le veuille ou non, l'humain est un animal social qui a besoin d'agir et d'entrer en relation avec ses semblables", rappelle Josée Leboeuf. Bien sûr qu'on trouve d'autres êtres au bout du modem; mais ils sont incomplets, et peut-être même carrément faux." Aux États-Unis, dans certains chatrooms érotiques, par exemple, ce sont des robots programmés qui réagissent à vos propos! "

À ceux qui appellent à l'aide, je demande: que désirez-vous réellement? La réponse est invariable: rencontrer de vraies personnes", ajoute François Blanchette.

Dans le fond, c'est ça la vraie magie d'Internet: les gens ont l'impression d'être honnêtes, de livrer leurs secrets alors qu'ils en sont incapables dans la réalité. "Ça réconforte, c'est une dérive, on peut y croire et c'est facile. Mais tout ça n'est qu'illusion", déplore le sexologue. Illusion parce qu'on demeure incapable d'en faire autant dans la réalité avec de vraies personnes. La magie... ou le drame d'Internet?

4 - Sécurité élémentaire

Réjean aime "chatter" parce que, selon lui, c'est un exutoire pour se vider le coeur. "Un bon nombre vivent toutes sortes d'émotions positives — peut-être même thérapeutiques — en bavardant en direct. C'est beaucoup plus difficile de rencontrer quelqu'un dans un bar ou au travail, tandis que sur un chat on peut facilement tomber sur 8 ou 10 personnes intéressantes le même soir et échanger de façon très satisfaisante."

Mais il y a aussi les détraqués. Pour tester la chose, Réjean s'est fait passer pour une jeune fille de 19 ans. Les propos que lui ont tenus certains correspondants, sûrs de "chatter" avec une ado naïve, l'ont fait frémir. Il y a même eu un cas de viol virtuel ("Je te pénètre, t'as pas le choix..."). "Je vous assure de la présence de requins et d'habiles manipulateurs dans les chatrooms, soutient Réjean. Prenez garde: ne naviguez que si vous êtes émotionnellement équilibré." Pas de doute, il faut user de prudence. Voici donc quelques conseils.

- Gardez la tête froide et abordez le monde virtuel en ne perdant jamais de vue qu'il est composé des mêmes individus que vous apercevez tous les jours autour de vous.

- Ne divulguez jamais vos NIP, numéros de carte de crédit ou d'assurance sociale à qui que ce soit.

- Soyez bien certaine du partenaire avant de révéler votre numéro de téléphone ou votre adresse courriel.

- N'échangez vos adresses postales qu'après une rencontre qui aura fait disparaître toutes vos craintes.

- Si vous rencontrez un homme, faites-le de jour, dans un endroit public, idéalement avec quelqu'un vous accompagnant. Dites à vos proches où vous vous rendez, à quelle heure et pour rencontrer qui. Si l'homme refuse toutes vos conditions, n'y allez pas! "

- Écoutez votre instinct, insiste Josée Leboeuf. Ne partez pas en vous disant: je ne me sens pas trop sûre, mais je vais prendre un risque."

- À l'aide, je n'arrive plus à décoller de mon clavier!

Pour savoir si vous êtes accro du chat, mesurez d'abord, sans tricher, le temps et l'énergie que vous consacrez à cette activité. Selon le sexologue François Blanchette, le résultat vous étonnera sans doute. Il recommande ensuite de vous poser des questions, genre: "Est-ce que je prive mes parents et amis de ma présence?" ou "Est-ce que je néglige certains aspects de ma vie jadis importants?". Il faut ensuite cerner les besoins que vous tentez de combler par le chat, puis explorer d'autres moyens pour les satisfaire. "Si quelqu'un a tendance à faire toutes ses activités seul, il convient de le diriger vers des activités de groupe, avec possibilités de parler, de rencontrer, par exemple", explique le sexologue. "Le risque est plus grand pour les célibataires, car personne ne les rappelle à l'ordre", précise-t-il.

5 - L'une cherche l'âme soeur...

Monoparentale depuis un moment, Élisabeth, la jeune quarantaine, a justement joué le jeu de la sincérité dans Web Séduction avec l'intention de rencontrer l'âme soeur. "En très peu de temps, j'ai repéré un gars convenable; on riait comme des fous et on est devenus tous les deux très dépendants de nos boîtes de courriel. La tension a beaucoup monté entre nous et, l'imagination aidant, j'en ai fait l'homme idéal, le parfait compagnon." Au premier rendez-vous dans un bar devant une bière, avec le coeur battant la chamade, le charme s'effondre pourtant en un éclair. "Je n'ai rien ressenti en apercevant ce gars. Pas d'attirance, pas d'étincelle. Rien du tout. Je pense que c'est facile de se monter un bateau en "chattant", justement parce qu'on peut communiquer longtemps avant de se rencontrer tandis que l'essentiel (l'allure, les gestes, etc.) nous échappe totalement."

Remise de ses émotions, Élisabeth récidive deux mois plus tard. Décidée à ne pas se laisser prendre au piège de son imagination, elle opte pour une rencontre plus rapide, après quelques jours d'échange bien sentis. Résultat: un contact réussi, quelques ébats amoureux ordinaires et une séparation définitive trois semaines plus tard... "Je suis déçue", avoue-t-elle maintenant. Autant que sa soeur, ayant elle aussi à son actif plusieurs rencontres d'abord virtuelles puis réelles terminées en queue de poisson.

... l'autre, le sexe virtuel

En deux clics, trois mouvements de souris, Dorothée, une pétillante brune de 37 ans, a décidé que la recherche de l'homme idéal, ce n'était pas son fort. "J'avais des attentes qui n'ont pas été comblées. Tant mieux pour les personnes qui nouent des liens solides par Internet, mais pour moi, c'est une perte de temps." Elle préfère s'adonner sans retenue aux plaisirs de la chair virtuelle.

"Si vous saviez..., nous dit-elle, une petite étincelle au fond des yeux, le sourire en coin. Je fais des choses dans Internet que je n'oserais jamais faire dans la réalité. Sur mon clavier, je suis déchaînée." Surtout qu'elle a fait la connaissance d'un joyeux baiseur, aussi porté sur les propos érotiques qu'elle. "C'est mon steady. Il me dit avoir 38 ans, être grand et de belle apparence (dans le jargon des petites annonces, ça se traduit souvent par beau mais sans plus). Je lui ai demandé de ne pas m'en dire plus pour que je puisse l'imaginer à mon aise." Deux à trois fois par semaine, nos amants baisent, façon Internet.

Une soirée type? "J'éteins les lumières, j'allume des bougies, j'enfile un négligé, je mets une musique de fond. Mon partenaire m'assure qu'il prend les mêmes soins que moi à créer une ambiance sensuelle. J'ai des doutes, mais bon..." Et c'est comment, la baise virtuelle? "C'est différent. On se donne des directives de plus en plus osées. Je lui demande de se déshabiller, de se caresser, ou même de se masturber flambant nu devant sa fenêtre. Je ne suis pas certaine qu'il le fasse toujours!" Pour combler les manques, Dorothée se sert de son imagination... et de nombreux trucs de pro. "On utilise des mots pour exciter l'autre, mais aussi des gadgets conçus exprès pour les chats érotiques (vibrateur ou pénis artificiel qu'il suffit de brancher dans l'ordinateur). Capotant!"

N'a-t-elle pas une petite envie de le rencontrer? "Surtout pas! Je n'ai pas le goût de découvrir qu'il ne correspond pas à mon fantasme." Lucide. Une histoire d'amour qui va durer? "J'en doute. Un jour, je vais rencontrer un gars en chair et en os, qui va me satisfaire à tous les niveaux, et je vais gentiment débrancher mon partenaire virtuel. C'est ça, la vie!" Très lucide...

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