ENGOUEMENT DES
ALGEROIS POUR INTERNET / Tchatche.com
National -El Watan-21/02/2004
Internet est un réseau télématique
international, issu du réseau militaire
américain Arpanet (conçu en
1969) résultant de l'interconnexion
de milliers de réseaux utilisant un
protocole de communication commun (www ou
web, réseau mondial, couramment appelé
la Toile). Tout utilisateur d'un micro-ordinateur
muni d'un modem peut se connecter à
Internet via un fournisseur d'accès.
Les services offerts comprennent la consultation
d'informations (sites web), la messagerie
électronique, des forums, le commerce
électronique, etc. Banalisé
dans les pays développés, cet
outil de communication est à peine
sorti de ses balbutiements en Algérie.
Qu'en est-il à Alger ? En attendant
sa démocratisation généralisée,
autrement dit sa multiplication dans les foyers,
la palme revient pour l'instant au cybercafé
qui demeure l'espace incontournable des internautes.
Lieu de savoir ou d'évasion ? Lieu
pour rêver ou pour nouer des contacts
? Lieu d'activités ludiques, innocentes
ou perverses ? «Il y a un peu de tout
cela !», confirme Salim, gérant
d'un cybercafé à El Madania.
Son local, qui donne sur une artère
principale, est doté d'une dizaine
de micro-ordinateurs. Le débit n'est
pas «si mauvais que ça»
même si la réception par câble
est moins performante que par satellite. Le
minimum que l'on peut proposer à une
clientèle de plus en plus exigeante
et qui, souvent, n'a pas sa langue dans sa
poche. Parler, discuter, bavarder, ou tout
simplement papoter. Les synonymes ne manquent
pas pour qualifier les internautes de la capitale
car, comme il est aisé de le constater,
l'écrasante majorité des usagers
du Net ne jure que par la tchatche. En fin
observateur, Salim, titulaire d'un ingéniorat
en électronique, dit scruter le moindre
mouvement de ses clients. «Je ne les
espionne pas, mais l'exiguïté
du local fait que j'ai l'œil partout.
Je peux avancer que les 4/5 de mes clients
ne viennent chez moi que pour se brancher
sur les sites de discussion», affirme-t-il.
Peut-on dresser le portrait du «tchatcheur»
? «Il peut être un jeune de 16-18
ans, fille ou garçon, il peut aussi
être adulte de 30, 40 voire 50 et 60
ans, et des deux sexes», ajoute-t-il
en soulignant que le site préféré
reste sans conteste le «fameux»
Yahoo Messenger. Fameux, parce qu'il permet,
dit-il, d'engager un dialogue en temps réel,
en duo ou, par le biais de salons thématiques,
avec plusieurs correspondants à la
fois, connectés de par le monde. D'autres
sites, au portillon duquel se bousculent également
nos tchatcheurs invétérés,
sont prisés aussi par les internautes
algérois dont celui, que qualifient
ses propres concepteurs, de plus grand salon
francophone du monde, le «tchtache.com»
qui est cousin germain du non moins célèbre
«amour.com». Ce dernier, comme
son nom l'indique, est spécialisé
dans les rencontres où toute obscénité,
apologie du racisme ou autre idée contraire
au «règlement» n’est
pas toujours bannie. Les «abonnés»
de ce site (l'accès est gratuit à
l'instar de tous les autres, ndlr) se recrutent
dans toutes les tranches d'âge. «Je
consacre au moins deux heures à discuter.
Il m'arrive souvent de m'oublier quand je
tombe sur une personne bien», avoue
Abderrahmane, un quadragénaire se disant
«mal marié» et qui cherche
«juste à s'éclater pour
ne pas péter un plomb». Quant
à Fatiha, cadre supérieur dans
un ministère, 43 ans, le recours à
«amour.com» est «presque
nécessaire». «Je suis divorcée,
je suis à la recherche de l'âme
sœur», avoue-t-elle sans ambages
en tenant à divulguer une «confidence».
«Il faut savoir qu'il est difficile
pour une femme de jeter son dévolu
en public sur une personne intéressante.
Internet nous offre la discrétion et
l'anonymat», explique-t-elle. Et les
jeunes ? «Je vise une Française,
qui sait ? Il se pourrait que je tombe sur
la bonne et ainsi j'aurais assuré l'harba»,
nous dit Liès de Bab El Oued, chômeur
de 25 ans dont la maîtrise du français,
comme il aime à l'avouer, reste à
désirer. Côté enfant,
la fièvre du Net fait aussi un tabac.
Si la tendance est aux jeux en réseaux,
il n'en demeure pas moins qu'il suffit d'un
clic pour atterrir sur des sites obscènes.
Si certains cybercafés sont dotés
de serveurs spécialement équipés
pour l' «espionnage», d'autres
ne le sont pas. «Je suis obligé
de faire des rondes lorsqu'il y a des gosses
chez moi», révèle le gérant
d'un cybercafé à Bab Ezzouar.
Et de souligner que le «voyeurisme»
est plutôt à chercher du côté
des adultes. «Pas plus tard qu'hier,
j'ai surpris un homme, qui pourrait être
mon père, à visualiser des dégueulasseries.
Je l'ai sommé de quitter les lieux
immédiatement.»
Par Djamel Zerrouk
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